Antigone
Lançamento do livro "Psicologia : Campo de Atuação, Teoria e Pràtica "  
Accueil >>  I - Présentation de l’association >>  Le billet de l’association



juin 2016 "Julieta " d’Almodovar : une femme au fil de la vie



Une plastique toujours aussi parfaite, des personnages incrustés dans les univers domestiques , des paysages ou des lieux publics quasiment ripolinés, un phrasé typé de la part des acteurs qui disent un mot, une phrase, une suite de phrases courtes, débitées sur un rythme haletant et artificiel, la musique omniprésente dans chaque scène, le dernier film d’Almodovar montre la continuité formelle d’un cinéaste au fait de sa technique de mise en scène.

A la sortie de la projection de « Julieta », film de facture somme toute classique, peu bouleversant ou surprenant, les commentaires oscillent entre « c’est un bon Almodovar » à « oui mais, rien de trop nouveau quand même ».

C’est le lendemain que le film me revient automatiquement en mémoire et le besoin d’échanger des pensées à son propos se fait puissant. Car Almodovar vient de nous montrer des invariants solides de la vie psychique humaine du côté féminin surtout.

Julieta, au-delà des péripéties d’une vie personnelle à la fois banale dans le quotidien et dramatique par moments forts de rupture de vie, incarne l’absence de désir qui peut être si fréquent encore chez une femme moderne.

Jeune femme libérée des années 80, non installée dans ses postes de professeur elle se laisse glisser dans une courte aventure sexuelle avec un bel homme, viril, pêcheur et marié. Normalement il s’agit d’un coup sans suite. Sauf que, enceinte, c’est parce qu’une lettre de lui arrive qu’elle se décide à le rejoindre. Elle quitte sa région, son travail pour devenir la mère de sa fille et la femme de son homme dans une aliénation dont on ne prend pas conscience immédiatement. Ce sont les autres qui viennent la bousculer, faire qu’elle devra changer complétement de vie et là encore, un homme vient vers elle pour la prendre en aide, en soutien.

Julieta est un ballon qui flotte avec peine sur les évènements de sa vie. Rejetée à un moment, trompée à d’autres et par d’autres, le tragique du réel ne peut que venir la frapper périodiquement. Car qu’a-t-elle fait pour elle, pour son désir à elle, pour son bonheur à elle ? Quelle décision prend-elle qui la pousserait à faire quelque chose de sa vie ? Aucune de sa part sauf pour aller vers le néant.

Almodovar d’ailleurs nous la montre deux fois vacillante sur elle-même, perdue, se laissant tomber en un lent tourbillon dans un lâcher prise total de son être. Comme si le manque qui touche l’adulte avait fait place chez elle à la perte fondamentale, au risque de l’écroulement du sujet. Heureusement pour elle que, grâce à une amie artiste, elle puisse faire rencontre avec son compagnon lequel, solide, reste fidèle à sa première phrase énoncée au début du film : « Julieta, merci de rester vieillir avec moi ».

Un autre personnage féminin est tout sauf anodin et pittoresque, celui de la servante jouée brillamment par Rosy de Palma. Elle illustre la jalousie féroce d’une femme envers une autre, Julieta en l’occurrence pour un motif simple : cette femme n’a pas à venir s’installer dans son univers bien clos et construit par elle, pour elle. Almodovar filme avec précision comment en un regard, une position des mains, la servante montre sa jalousie inguérissable, dans l’immédiateté de la rencontre avec Julieta. Car observons bien que la servante, en apparence peu présente, sera le maître d’œuvre du destin de Julieta. Il lui suffira de quelques mots prononcés au bon moment, à la bonne personne pour enclencher le fatum antique, pour déclencher le drame central du film.

D’un côté une très jolie et gentille jeune femme, chérie de ses parents, de l’autre une servante calme, silencieuse, apparemment obéissante mais la rencontre des deux ne sera pas sans incidences tragiques.

Almodovar utilise toujours des suites d’évènements souvent improbables, à forte charge émotionnelle (Comment se fait-il qu’au coin d’une rue, paf, Julieta croise l’ex-copine de sa fille ?), construit des enchainements factuels qui relèvent du miracle théâtral et l’on pourrait croire encore que « décidemment, il reste le roi du mélodrame rocambolesque ».

J’aurai tendance à penser qu’il est devenu au contraire un maître de l’analyse de la vie psychique particulièrement des femmes et des mères, une sorte de Bergman profondément espagnol et baroque et cela pour notre plus grand bonheur.

Répondre à cet article

 

DANS LA MEME RUBRIQUE

 
 

jean-marc Bouville

 

Admin   Plan du site Liens Contact