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Mars 2010 : Mon fils, ma bataille



« Mon fils, ma bataille... le fruit de mes entrailles »

En 1980, est diffusée sur les ondes une belle chanson de Daniel Balavoine au titre emblématique : « Mon fils, ma bataille ». Les paroles et la voix de « crystal » du chanteur ont marqué l’époque et beaucoup doivent se souvenir de Balavoine avec sa chevelure longue et bouclée, ses traits gracieux de jeune homme, chantant avec une énergie et un engagement sans fards des mélodies de son cru.

On connaît également sa triste fin dans l’accident d’hélicoptère sur le Paris-Dakar de 1986 où il participait cette année là pour livrer des équipements scolaires aux jeunes africains. C’était le début du grand engagement médiatique des artistes pour « la faim dans le monde », « l’Afrique abandonnée », la nécessité de l’amour universel pour sauver la planète et ses habitants victimes de la faim et de la misère.

Mais revenons aux paroles de cette fameuse chanson : 1979, la sortie du film hollywoodien « Kramer contre Kramer » narre un divorce douloureux entre Meryl Streep et Dustin Hoffman. Balavoine, parait-il, l’apprécie, tout comme il s’inspire du divorce d’un de ses amis du spectacle pour écrire la chanson. Ce fut un succès et pour autant que mon souvenir soit fidèle, parce qu’un homme enfin proclamait haut et fort son désir lui aussi, de s’occuper de son fils après une séparation d’avec la mère de l’enfant. De 1970 (début de l’autorité parentale) à 1975, l’octroi par la Justice de la garde d’enfant à la mère allait « de soi » tellement on se représentait l’homme comme éloigné de toute capacité d’être attentif aux besoins essentiels d’un enfant et de s’en occuper.

Mais trente ans plus tard, la chanson, à mon sens, se présente comme marquant un tournant majeur. Les paroles sont fortes, puissantes, surtout celles du refrain et de la deuxième strophe :

Les juges et les lois

Ça m’fait pas peur

C’est mon fils ma bataille

Fallait pas qu’elle s’en aille

Oh ! Je vais tout casser

Si vous touchez

Au fruit de mes entrailles

Fallait pas qu’elle s’en aille

Bien sûr c’est elle qui l’a porté

Et pourtant C’est moi qui lui construis sa vie lentement

Tout ce qu’elle peut dire sur moi

N’est rien à côté du sourire qu’il me tend

L’absence a ses torts

Que rien ne défend

C’est mon enfant.

Dans la France de Valery Giscard d’Estaing et de Raymond Barre, juste avant l’arrivée de la gauche au pouvoir, un chanteur écrivait : « Mon fils ... est... le fruit de mes entrailles » ?

Voila posé l’acte de manière directe, crue, qui consiste à revendiquer du coté masculin, l’égalité des sexes ; Plus que cela, l’équivalence parfaite, l’interchangeabilité sexuelle. Un homme appelle son fils : « le fruit de ses entrailles » formule qui depuis plusieurs siècles caractérisait le dire de la Vierge Marie parlant de son fils Jésus Christ. Non, désormais, si les femmes revendiquent l’égalité sexuelle, les hommes leurs renvoient la pareille. Chiche, vous voulez être comme nous, nous alors, on demande à être comme vous. Et la suite de la chanson poursuit la démonstration :

« Bien sûr, c’est elle qui l’a porté /

et pourtant/ C’est moi qui lui construis sa vie lentement »

L’enfant devient l’objet, le pur objet d’amour et de possession des adultes interchangeables dans leur position et rien n’y fera plus obstacle comme le souligne dans un cri rageur, le chanteur :

«  Les juges et les lois/ca me fait pas peur/...

Oh je vais tout casser/

si l’on touche au fruit des mes entrailles » !

La Loi, les juges ne lui dresseront pas d’obstacles devant sa légitime demande : Cet enfant est à moi aussi. On renvoie le lecteur à notre billet sur le « jugement de Salomon ».

Merveilleuse capacité du compositeur Balavoine et de la chanson à condenser en quelques mots, un des tournants anthropologiques majeurs de ces trente dernières années : l’affaissement de la sacralité du lien conjugal dans la séparation sexuelle des conjoints au profit de la sacralisation du seul lien filial que va entretenir chaque parent avec son enfant.

Exit la famille composée d’une séparation nette entre position féminine et masculine du coté des parents ainsi que d’un rapport hiérarchisé entre parents et enfants. Vive la parentalité désormais !

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jean-marc Bouville

 

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