Antigone
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septembre-octobre 2009 : "tu n’aimeras point"



Le premier film du cinéaste israélien Haim Tabakman pose apparemment la question de la possibilité d’une transgression de la Loi au sein d’une communauté religieuse orthodoxe. Ou encore, du droit à la liberté sexuelle pour une personne dans une communauté aux mœurs étroitement codifiés

L’histoire peut se résumer ainsi : Aaron, s’installe dans la boucherie kacher que son père récemment décédé lui a légué dans un quartier de Jérusalem. Au même moment, débarque un jeune étudiant hassidim Ezri que Aaron accepte de prendre comme apprenti boucher. Nous sommes vraisemblablement dans le quartier de Mea Sharim à Jérusalem ou un quartier semblable dans lequel vivent les familles juives ultra orthodoxes respectant rigoureusement les règles de vie communautaire établies du temps de la lointaine Pologne ou des pays baltes au 18ème siècle : Redingotes noires sur chemise blanche, papillotes et barbes pour les hommes, femmes mariées portant perruque ou filet sur les cheveux, pas de TV, pas de journaux autres que les feuilles de la communauté, et évidemment des règles de vie sexuelle strictes. La femme par exemple doit aller au bain rituel 12 jours après ses règles pour proposer un acte sexuel très ritualisé, de l’ordre du devoir conjugal et dans le but de la procréation, car les familles juives ultra orthodoxes ont aussi pour but de faire beaucoup d’enfants à la communauté en obéissant au verset : « croissez et multipliez » ( Genèse 1.8)

Aaron et Ezri rapidement nouent une relation amoureuse homosexuelle passionnée. L’intérêt du film réside alors dans le refus de tout voyeurisme, comme de tout simplisme ou réductionnisme du type « sympathiques homosexuels contre méchants religieux traditionalistes » : Le rabbin de la communauté cherche à comprendre honnêtement ce qui se passe pour Aaron, sa femme, avec douceur et compréhension, tente des approches fines afin que la vie commune puisse continuer. Mais, Aaron ne peut ni quitter sa famille et communauté, ni accepter de perdre l’objet de sa passion amoureuse. Au rabbin venu le questionner dans sa boucherie, il déclare : « avant de connaître Ezri, j’étais mort. Maintenant, je suis vivant ».

On retrouve en partie seulement la problématique d’Antigone qui vient se mettre du coté des règles de la famille contre celle de la société et seule contre tous. On pourrait ainsi dire qu’Aaron sait qu’il est en train de transgresser la loi juive orthodoxe comme il sait le sort qui lui sera réservé en cas de perpétuation de cette transgression : au minimum, l’exclusion de la communauté et la perte de sa famille. Mais plus que la pièce Antigone, il s’agit plutôt de la question de l’accès au désir au sens psychanalytique pour le principal protagoniste du film.

Aaron était dans l’ »un » de la communauté religieuse avant que ne surgisse le bel Ezri. Il en était un des serviteurs zélé, appelé le « sage » dans la synagogue, celui qui lit la prière rituelle du soir. Mari également accompli de la jeune Rivka de qui déjà sont nés quatre jeunes enfants. Il est entier dans la transmission paternelle en reprenant la boucherie kacher du père. Mais il n’a aucun désir, il est comme un « zombi » accomplissant ses tâches ce que laisse entrevoir ce dos voûté, son regard triste et le peu de paroles avec les autres. Il fait son devoir de juif orthodoxe en entier. La rencontre avec le désir sexuel et amoureux se fait pour lui de manière totalement anachronique : avec un jeune homme, qu’il embrasse, étreint, caresse dans une joie charnelle totale : c’est une naissance réelle au désir. Mais cette ouverture au désir ne peut se faire chez lui qu’au prix d’une réentrée dans le « un », dans le « faire qu’un » avec Ezri. Rien de partiel n’est possible pour lui, que de l’entier. Comme s’il ne tolérait dans la relation avec l’autre que de faire un seul être, par complémentarité totale. Plus rien n’est possible depuis sa rencontre avec son désir : Le travail n’existe plus, sa famille et ses enfants lui pèsent. Le rapport sexuel dès lors existe pour Aaron alors que, par structure, nécessairement, il ne peut pas y avoir correspondance, non reste, de la relation sexuelle entre deux humains. On ne jouit toujours que de son corps ou de son organe même en croyant ou s’imaginant la « fusion »possible. On peut repérer la différence de position du sujet avec son amant Ezri : Lui désire clairement être aimé d’un homme, il est déjà tombé amoureux d’Ephraïm, un autre étudiant d’une autre yesheva et s’est déjà fait exclure de cette communauté. Il est errant, malheureux mais désirant toujours avoir un compagnon homme.

Alors que pour Aaron, l’alternative est simple comme dans une tragédie, soit accepter de rentrer dans le « un » mortifère de la communauté, soit aller ailleurs avec Ezri faire un autre « un » impossible car non durable et nécessitant l’abandon du « un » familial et communautaire. Un dernier choix s’imposera logiquement pour Aaron. La fin du film le révèlera.

Depuis bien longtemps sûrement, l’accès possible au désir est tué pour Aaron, désir qui ne peut apparaître que dans le manque nécessaire et l’acceptation de la perte de l’objet mais pas pour lui.

.: tu n’aimeras point :.

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jean-marc Bouville

 

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