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janvier-février 2009 : "L’origine du monde" par Courbet



Le plus souvent, ce tableau de Courbet soulève un sentiment de surprise voir de gêne pour l’amateur de peinture mais aussi de curiosité concernant l’histoire pour le moins rocambolesque de son édification comme de sa possession multiple depuis 1866.

Qu’est-ce qui choque dans la représentation picturale de l’anatomie sexuelle d’une femme ?

Car le nu féminin, cela existe depuis fort longtemps dans la peinture occidentale ! Outre la statuaire grecque comme tentative d’exprimer l’idée du Beau en art, pensons aux peintures murales romaines comme également aux multiples représentations de déesses, fées, muses, vierges, et autres allégories féminines dès la Renaissance européenne et plus ou moins dévêtues. Non, ici, la nouveauté est clairement identifiable : Courbet y va de l’exposition crue d’un sexe de femme, sans tête, sans main et sans jambes, comme détaché du corps, dans la droite ligne du courant naturaliste. Et, de surcroit, il y rajoute un titre élogieux : « L’origine du monde ».

Alors, ça choque !

Car le monde s’origine de Dieu, d’un héros mythique, de forces telluriques non d’un simple utérus. Or, c’est cela que Courbet tient à affirmer à son époque : l’humain tire son origine de l’accouplement sexuel d’un homme et d’une femme, rien de plus. Une réponse moderne à ce tableau viendra ainsi de la lecture féministe du tableau par la plasticienne Orlan dans son œuvre : « l’origine de la guerre » où il s’agira du même angle de vue mais concernant la représentation d’un sexe d’homme en érection. En somme, la version moderne de Mars et de Vénus.

Cependant il ne me semble pas avoir beaucoup avancé dans ce qui fait la force du tableau de Courbet. Reprenons : Il s’agit du tableau représentant un sexe de femme vu de devant et à hauteur d’œil. Effectivement, nous sommes face à un sexe féminin mis en portrait. Là où d’habitude dans l’art occidental, on se poste devant « un portrait », ou « un corps » ou un « personnage » mis en scène, Courbet nous conduit à nous poster devant « un sexe ». Pascal Quignard dans « la nuit sexuelle » explique comment au contraire, le sexuel a besoin d’être voilé, pour qu’il y ait le moment venu, « révélation » soit au sens premier, dévoilement de l’affaire. Quand il y a du nu dans l’antiquité, surtout masculin, il s’agit d’athlète, de guerrier et le sexe n’est qu’un élément de l’ensemble du corps. Et quand les scènes peintes sont purement érotiques, elles ne sont pas destinées à être exposées en public.

Avec Courbet, la chemise de corps de la femme est relevée, le modèle présente son sexe au regard et seulement son sexe. Or, on sait que Courbet avait fait construire un dispositif pour « recouvrir » le tableau qui n’était pas destiné à « être vu » et on dit que Lacan, ultime propriétaire du tableau, avait repris cette idée en le cachant derrière un autre tableau de Masson dans sa maison de campagne.

Peut-être alors une révélation sur notre époque : Un tableau fait pour un propriétaire privé et de surcroît conçu dans un dispositif qui le dissimule au regard humain, est exposé dans un des plus grands musées français : le sexe d’une femme peut être vu sans le sujet, comme détaché de lui, et par quiconque. En somme, l’exhibition en place d’exposition culturelle ?

Au début de l’année 2008, la bibliothèque Mitterrand proposa de voir « l’enfer » de sa collection de livres et d’images. Sous ce terme d’ »enfer », il s’agissait d’une cote qui du 16° au 20° siècle permettait de classer les ouvrages érotiques et pornographiques et de les préserver au fil du temps. Mais cette exposition était « interdite au public de moins de 16 ans » et permettait dans un décor faiblement éclairé, composé d’alcôves plus ou moins secrètes d’avoir un rendez-vous partagé avec l’intime. Au musée du quai d’Orsay, « l’origine du monde » est seul sur une vaste paroi lumineuse dans une rotonde, la foule y est rarement présente, on ne s’y attarde pas. Faut-il admettre que ce qui a trait à la sexualité humaine nécessite bien un voile, si léger soit-il ?

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jean-marc Bouville

 

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