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novembre-décembre : Statuaires africaines



Dans toute l’Afrique de l’Ouest, le corps est à la fois le support et l’expression d’une relation privilégiée entre les vivants et les morts. Cette conception, très éloignée de notre tradition judéo-chrétienne, a donné lieu à une grande production statuaire.

La fondation Elfort Dapper (1) procède régulièrement à des expositions thématiques de statues africaines et en ce moment nous montre un choix émanant de diverses collections autour du thème de« la femme africaine ». La statue en Afrique n’a jamais été un objet d’art mais relève de l’ordre d’une « familiarité décalée ». C’est-à-dire qu’elle sert de « double » à l’humain, chargée de signification en rapport avec les grandes cérémonies des coupures de statut qui scandent la vie humaine : Naissance, passage à l’adulte, différenciation sexuelle, union, procréation et mort.

Le surprenant d’un point de vue d’occidental christianisé reste l’apparente crudité des statues : elles montrent, dans une plastique certes épurée de l’humain, les lieux sexuels du corps féminin : Seins proéminents, sexe de femme bien taillé dans le bois, croupe redondante, ventre et nombril de femme enceinte. La peinture et la statuaire occidentale n’ont pas cette « franchise » de monstration et l’on se souvient du scandale du tableau de Courbet à propos de « L’origine du monde ».

Toutes ces statues ont une fonction sociale précise. Cependant, il est bien précisé le pouvoir des hommes qui eux seuls créent les statues comme les anciens également qui exigent la stricte séparation entre le masculin et le féminin. Il est donc rappelé la pratique de la circoncision pour les garçons et celle de l’excision pour les fillettes pré nubiles : Le clitoris pourrait laisser croire à une confusion avec un petit pénis. Le réel du corps sert ainsi de support concret au symbolique de la sexuation comme par ailleurs il est utilisé pour inscrire des moments importants avec la scarification ou pour susciter le désir de l’homme et être belle avec les déformations du cou, des oreilles, des lèvres de la bouche comme des lèvres du vagin. Peut-on faire un lien entre des pratiques s’inscrivant dans des rituels bien codifiés parmi des sociétés qui ne connaissaient pas l’écriture et les actuelles scarifications,piercing divers et tatouages que nous voyons se développer sur les corps d’adolescent(e)s et aussi d’adultes ?

Serge Lesourd dans « Comment taire le sujet ? »(2) prend la précaution de séparer d’une part ce qui relève d’un rituel social et ce qui est pratique individuelle dans nos sociétés.

D’autre part, pour lui, on ne peut pas confondre la scarification qui est coupure de la surface du corps, du piercing qui est transpercement du corps près des zones érogènes avec un effet de redoublement des trous du corps. Quant au tatouage, il est réservé à l’intime, même s’il est la preuve indélébile d’un évènement important pour le sujet tatoué.

(1) http://www.dapper.com.fr/ - 9k

(2)« Comment taire le sujet ? » S.Lesourd ed Eres 2006 p219 et suivantes

Jean-Marc Bouville

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