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Septembre 2008 : Tropa de elite : Comment juger ce film ?



Le critique du Monde daté du mercredi 3 septembre 2008 définit ce film ainsi : « une apologie de la force pure et de l’impact maximal, un refus viril de la moindre pensée et de la moindre tentative d’analyse sociale, une mise en clip spectaculaire et particulièrement hypocrite de la violence ». J Mandelbaum n’hésitera même pas à définir le motif du film comme »atteignant un niveau de crétinerie décomplexée rarement atteint ».

Ayant obtenu l’Ours d’Or à Berlin en février 2008 sous la huée des spectateurs, visionné grâce à un enregistrement pirate par 12 millions de brésiliens avant même sa sortie en salle, ce film de José Padilha retrace un épisode de la lutte contre les trafiquants de drogue dans les favelas de Rio racontée en voix off par le capitaine de l’unité de police militaire spéciale.

La question qui se pose à propos de la critique tout à fait argumentée du critique du « Monde » est la suivante : Comment juger un film brésilien aux images certes violentes mais sans aucun rajout par rapport à la réalité urbaine des grandes villes brésiliennes du point de vue d’un simple spectateur français ?

Car pour qui connaît un tant soit peu cette réalité, il n’y a rien de surfait ou de surajouté en terme de violence : oui les trafiquants assassinent des journalistes trop curieux en leur enfilant des pneus enflammés autour du corps, de même qu’ils peuvent attaquer des bus en les brûlant avec les passagers à l’intérieur, oui également la police urbaine est connue pour avoir de longue date pour certains de ces membres des accointances régulières avec les gangs de la drogue. Qui en effet peut fournir mitrailleuses, grenades et armes lourdes aux dits gangs ? Oui, enfin, l’unité spéciale de police militaire a fait usage de la torture physique.

Mais est-ce faire une apologie de l’action violente quand J.Padilha montre des scènes de torture choquantes, voir insoutenables réalisée par cette unité de police ?

On se croit plutôt revenu au temps de la bataille d’Alger en 1956 où, du fait de l’abandon du maintien de l’ordre par les gouvernants politiques, l’armée française a eu quartier libre pour « nettoyer la casbah d’Alger » à coup d’arrestations arbitraires et d’usage de la torture. Sauf qu’en l’occurrence au Brésil, il n’existe aucune légitimité politique du coté des gangs de la drogue alors que les « terroristes » algériens luttaient eux pour l’indépendance de leur pays. Et justement, pour moi, le vrai propos de ce film se situe là : montrer qu’il s’agit d’une guerre urbaine menée par une certaine police, avec l’appui tacite des politiques, et sans l’intervention de la justice, se donnant la mission de « liquider » une fois pour toutes les gangs de drogue.

Or, Padilha nous le révèle : comme pour cette fameuse « bataille d’Alger » gagnée par les « paras » mais perdue politiquement, il ne sortira pas de solution durable par ce type de méthode violente, quelque soit la sympathie que l’on puisse éprouver à l’égard de ces « justiciers » qui croient en leur « sale »mission.

Par ailleurs, le fait que des millions de brésiliens aient voulu visionner ce film peut révèler combien dans une société travaillée par les inégalités sociales, le recours à la force brute, celle du Maître par rapport à l’Esclave soit une tentation constante. Le Brésil n’est sorti d’une dictature de 20 ans qu’au milieu des années 80.

Et l’on ressort profondément triste à la fin de ce film devant l’absence totale de réponse véritable à la question de la violence urbaine qui tue dans ce pays 50 000 citoyens dont de nombreux enfants. Notamment, il nous semble, par exemple, que la présence de la justice et de l’institution qui la soutient introduirait un tiers civilisateur, un angle prometteur par lequel prendre cette question sociale.

Alors contrairement au critique du « Monde », je vous inviterais à aller voir « Tropa de elite », pour vous faire vous même votre opinion sur ce que révèle le film de la complexité de la société brésilienne.

Jean-Marc Bouville

.: tropa de elite :.
.: tropa de eilite :.

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